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 Yoga Bruxelles / Yogattava Upanisad

 

 

Yoga Bruxelles / A 19th century image of a yogi practicing Kundalini yoga

 

 A 19th century image of a yogi practicing Kundalini yoga

 

 

La Yoga-tattva-Upanis(h)ad (trad: Upanishad de l’essence du yoga) est une upanisad tardive, composée entre 700 et 1300, où sont repris les huit aṅga (ou membres, les huit disciplines que doit pratiquer un yogi pour se libérer définitivement des incarnations – sur ce sujet, suivre le lien...) exposés dans les Yoga sūtra de Patañjali. La classification usuelle des upanisad joint la Yoga-tattva Upanisad au groupe dit des « Upanisad du Yoga ».

 

La Yoga-tattva Upanisad est liée à la voix de la dévotion (bhakti mārga) exposée dans la Bhagavadgītā, donc dans la ligne du Bhakkti Yoga (yoga de la dévotion), qui est un des yoga (suivre le lien..). Les références à la Kuṇḍalinī, aux cakra et aux nāḍī mettent en relation la Yoga-tattva Upaniṣad avec le yoga tantrique.

 

Les upanisad sont des textes en prose dont les premiers en date sont contemporains de la fin des écritures proprement védiques (8/7e siècle ac.). Ils ne sont plus rédigé en indien védique (sanskrit archaïque) mais en sanskrit. Pour vous y retrouver dans ce genre de choses (veda, upanisad….etc) consultez notre article.

 

Selon Ralph Stehly (Professeur d’histoire des religions à Université Marc Bloch à Strasbourg), la Yoga-tattva-Upanishad est l’une des plus intéressantes du groupe des Upanishads du Yoga car elle expose très clairement ce que sont les huit degrés (anga) du yoga classique (au § 24), elle insiste sur les divers bénéfices que l’on peut attendre de l’exercice du yoga (l’état non conditionné, les pouvoirs surnaturels), c’est une upanishad vishnouite (Vishnou y est présenté comme le grand yogin) et enfin parce qu’on y trouve un rejet absolu des écritures védiques en tant que moyen d’obtenir la délivrance (l’étude des écritures védiques ne peut tout au plus n’être qu’une étape, nullement nécessaire sur la voie).

 

Le plan de l’Upanisad est quasiment chronologique : 1) Le Brahman est la seule réalité (§ 5-9), 2) Chute de l’âme dans l’incarnation (§ 10-13), 3) Les diverses étapes du yoga (§ 18-111), 4) Les divers sceaux (mudrâ) dont certains sont de nature nettement tantriques (112-144). Au $36 est traité des nâdî qui sont les canaux qui véhiculent les souffles vitaux et l’énergie lovée (la Kundalinî). Les trois principaux nâdî, qui longent la colonne vertébrale, sont l’îdâ (canal de gauche, de couleur jaune pâle, assimilée au Gange et à la Lune, féminin), la pingalâ (canal de droite, de couleur rouge, assimilé à la rivière Yamunâ (affluent du Gange) et au soleil, donc masculin et la sushumnâ (canal du centre, le long duquel on fait remonter la Kundalinî).

 

 

Yoga Tattva  Upanishad (Upanishad des principes essentiels du Yoga)

Traduite et annotée par M. Buttex d’après la version anglaise de K. Narayanasvami Aiyar

Repris du site Intenet : suivre le lien…

  

TATTVA : la Vérité vraie, l’ipséité, la Réalité ontologique.  La notion de tattva désigne, selon le cas, 1) le principe premier, authentique; 2) un élément ou substance primordiale; 3) la nature réelle de l’Âme humaine ou du monde matériel; 4) l’Esprit suprême universel qui pénètre tout, la Réalité absolue.

 

Vishnu enseigne à Brahma en détail les pratiques du Yoga, clarifiant les différentes étapes, ce qui les définit et leurs signes distinctifs. Cette Upanishad suit l’ordre pédagogique classique, mais dans une présentation assez originale : le but essentiel du Yoga étant de se libérer de ses actes négatifs, il est essentiel de comprendre tout d’abord le fonctionnement de l’âme individuelle et les raisons de sa servitude, et de réaliser que sans la connaissance spirituelle (Jnana), le Yoga ne mène à aucune libération. Et ce sont précisément les outils de cette connaissance spirituelle que nous livre cette Upanishad.

          

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !

Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !

Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,

Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;

Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.

 

Om ! Que la Paix soit en moi !

Que la Paix gagne mon environnement !

Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

  

1. Je vais exposer les principes essentiels du Yoga pour le bénéfice des adeptes, afin que – par l’écoute et l’étude – ils se libèrent de tous leurs actes négatifs.

 

2. Le meilleur des Purushas (1), qu’on appelle Vishnu, est un yogi éminent, un grand Être, ainsi qu’un ascète ardent, et il est la lampe qui éclaire le chemin de la vérité.

 

(1) Purushottama : « le meilleur des Purushas » – La Personne divine en tant que Suprême Absolu, transcendant la créature impermanente et son Créateur immuable.

 

3. L’Aïeul (Brahma) alla saluer le Seigneur de l’Univers (Vishnu), lui témoigna les marques de respect requises, et lui demanda : « Je t’en prie, explique-moi les principes essentiels du Yoga qui incorpore les huit membres annexes.

 

4. À quoi le Régent des sens (2) répondit : « Écoute donc, je vais t’éclairer sur ces principes essentiels. Toutes les âmes individuelles (Jiva) baignent au sein de la joie et de la souffrance, sous l’effet des pièges de la Grande Illusionniste (Maya).

 

(2)  Hrishikesha : épithète de Vishnu ou de Krishna, les désignant comme Régent des sens, ou le Seigneur à l’intérieur du cœur (Hri signifiant cœur, et Hrishika les organes des sens).

 

5-6. L’indépendance absolue (3), qui est le séjour suprême, est la voie qui les mène vers l’émancipation; elle déchire les filets de Maya; elle met fin au processus de naissance, vieillissement et maladie, et permet de vaincre la mort. Il n’est aucun autre sentier vers la libération. Ceux qui tournent en rond dans le filet des Écritures sont égarés par ces connaissances intellectuelles.

 

 (3)  Kaivalya : 1) état transcendant d’indépendance absolue; isolement, non-conditionnement, par détachement ou exclusion du non-Réel par l’âme; 2) délivrance, libération, union avec l’Être Absolu (Brahman) que réalise le pur jnanin; béatitude suprême.

 

7. Même pour les dieux, il est impossible de décrire cet état ineffable. Alors comment Cela (Tat), qui irradie Sa propre splendeur, pourrait-il être illuminé par les Écritures ?

 

8. Car c’est Cela – qui est un et indivisible (sans parties), qui est immaculé, qui est paix, au-delà de tout le manifesté, et qui est incorruptible – qui devient l’âme individuelle, en y intégrant les conséquences des actes antérieures, négatifs comme positifs.

 

9. Mais comment Cela – qui est le séjour de l’Atman suprême (4), qui est l’éternité, qui transcende tout le manifesté, qui est de la nature de la Sagesse (Jnana) et d’une pureté absolue – peut-il adopter la forme d’une âme individuelle ?

 

(4)  Paramatman ou Paratman : le Soi suprême, l’Âme universelle, par opposition au Jivatman, l’âme incarnée, le Soi individuel; synonyme de ParaBrahman, l’Être suprême.

 

10. Une bulle surgit à la surface de Cela, comme sur des eaux, et elle creva, dégageant le sens du moi (Ahamkara). De ce sens du moi, surgit une boule faite des cinq éléments amalgamés en diverses substances corporelles (5).

 

(5)  Dhatu : 1) élément originel, substance fondamentale, animée d’énergie vitale; les Tantras en reconnaissent 6 : Akasha (l’éther-espace), Anila (l’air), Tejas (le feu), Jala (l’eau), Bhu (la Terre) et Vijnana (la Connaissance); 2) substance secondaire dont le corps est constitué; le Viveka shuda mani de Shankara mentionne 7 dhatus (chyle, sang, chair, graisse, os, mœlle, semence); 3) cendres, relique après crémation.

 

11. Sache-le bien, l’âme individuelle est cela même* qui est associé à la joie et à la souffrance, d’où le fait que le terme “âme individuelle” est applicable à l’Atman suprême, lequel demeure dans sa pureté.

 

* C’est à dire la partie de l’Atman suprême qui – s’étant dégagée dans l’ego et prenant forme corporelle – entre au contact des contraires, bien que demeurant simultanément dans la pureté de l’Un, indivisible et non-duel. Cf. la parabole des deux oiseaux, Mundaka Up. (III-i-1 à 3), Svetasvatara Up. (IV-6 et 7), Rudra Hridaya Up., etc.

 

12-13. Seule est considérée comme absolument indépendante l’âme individuelle qui s’est libérée des impuretés que sont la passion, la colère, la peur, l’illusion, l’avidité, l’orgueil, la convoitise, la naissance, la mort, l’avarice, le plaisir sexuel, l’étourderie, la faim, la soif, l’ambition, la honte, l’effroi, le désespoir, la souffrance et la joie.

 

14. Je vais donc vous parler des moyens de supprimer ces impuretés. Car comment la Connaissance (Jnana) aurait-elle la capacité de promouvoir infailliblement la libération (Moksha) sans la pratique du Yoga ?

 

15. Or, même le Yoga devient impuissant à assurer la libération lorsqu’il est dénué de connaissance spirituelle. Aussi l’aspirant à l’émancipation doit-il poursuivre avec persévérance et la pratique du Yoga, et l’étude de la Connaissance.

 

16. Le cycle des morts et des renaissances (Samsara) ne se manifeste que grâce à la Connaissance et n’est aboli que par la même Connaissance. Au commencement, il n’y avait que la Connaissance. Il faut donc comprendre qu’elle constitue l’unique moyen de libération.

 

17-18(a). Car c’est bien par la Connaissance que l’on prend conscience de la nature réelle de l’indépendance absolue, et qu’on connaît celle-ci comme étant le séjour suprême, l’immaculé, l’Un, qui possède la nature d’Existence-Conscience-Félicité absolues (6), qui est sans naissance, ni devenir ni mort, qui est immuable et tout-connaissant.

 

(6) Sat Chit Ananda : « Existence-Conscience-Félicité absolues », la triple caractéristique de la Réalité absolue, Brahman; terme traduisant la nature du Nirguna Brahman (le Brahman sans attribut), adopté par la Shruti et considéré comme concept essentiel et ultime par la philosophie de l’Advaita Védanta.

 

18(b)-19. Maintenant, je vais te décrire ce qu’est le Yoga. Le Yoga est divisé en plusieurs genres, sur la base de ses effets : Mantra Yoga, Laya Yoga, Hatha Yoga et Raja Yoga. Mais les étapes suivantes leur sont communes : l’effort (Arambha), l’auto-discipline (7), la connaissance intime (Parichaya) et la maturation progressive (Nishpatti).

 

Yoga Bruxelles / image 198

 
 

From « The Costume of Indostan » London, Edward Orme 1804-05,

engravings after Solvyns’s Calcutta etchings



(7) Ghata : 1) dressage de l’éléphant; 2) grand pot à eau en terre; 3) la nuque, avec les ligaments cervicaux. Parichaya : 1) connaissance, intimité, répétition fréquente; 2) connaissance intime.

 

21. Ô Brahma, je vais maintenant te décrire ces divers Yogas. Écoute attentivement. On doit pratiquer le Mantra Yoga avec ses lettres sacrées [et avec l’intonation correcte], durant une période de douze ans.

 

22. Le yogi acquiert progressivement la connaissance, qui s’accompagne des pouvoirs surnaturels (8), tel la vision atomique (Anima), etc. Les personnes de moindre capacité intellectuelle, qui sont les moins qualifiées pour le Yoga, pratiquent cela.

 

(8)  Les huit pouvoirs yoguiques (Siddhis) : 1) ahima: diminution; capacité de se rendre aussi petit qu’un atome, ou de vision à cette échelle; 2) mahima: grossissement; capacité de se rendre aussi grand qu’un cosmos, ou de vision à cette échelle; 3) laghima: extrême légèreté, lévitation; 4) prapti: omniprésence, dédoublement, capacité de se déplacer n’importe où à volonté; 5) prakamya: capacité d’obtenir tous ses désirs; 6) vashitva: contrôle sur les forces naturelles; 7) ishititva: suprématie sur les lois naturelles, 8) kama-avasayitva: complète satisfaction de ses volontés.

 


23-24(a). Le second, le Laya Yoga, tend à l’absorption de la conscience (Chitta) et on le décrit sous des myriades de formes. Il s’agit de contempler le Seigneur qui est Un, et de méditer sur Lui continuellement, même en marchant, en restant assis, en dormant ou en mangeant. C’est cela qu’on appelle le Yoga de l’absorption.

 

24(b)-25. Écoute maintenant ce qu’est le Hatha Yoga. Ce yoga possède, dit-on, les huit membres suivants* : Yama, les restrictions, Niyama, les injonctions, Asana, les postures, Pranayama, le contrôle du souffle, Pratyahara, la maîtrise des sens, Dharana, la concentration, Dhyana, la contemplation de Hari (9) dans l’espace inter-sourcilier, et Samadhi, l’état d’équanimité (Samata).

 

(9)  Hari : « rouge doré » – Épithète courante de Vishnu en tant que forme de l’Être suprême.

 

26-27. Maha Mudra, Maha Bandha et Khechari, Jalandhara, Uddiyana et Mula Bandhas, la psalmodie continue du Pranava Om sur une longue période, l’écoute attentive d’exposés des vérités supérieures, Vajroli, Amaroli et Sahajoli (lesquels forment une triade)… de chacun d’eux, je vais te tonner une description véridique.

 

28-29(a). Ô dieu aux quatre visages, parmi les restrictions (Yama), la prise de nourriture modérée est la plus importante. Non, ce n’est pas une autre. Et l’innocuité (ou non-violence, Ahimsa) est la plus importante parmi les injonctions (Niyama).

 

29(b). Les postures maîtresses sont ces quatre-ci : Siddha, la posture parfaite, Padma, celle du lotus, Simha, celle du lion, et Bhadra, la posture propice.

 

30-31. Ô dieu aux quatre visages, écoute bien quels sont les obstacles qui surgissent dans les premiers temps de la pratique : paresse, bavardage, mauvaises fréquentations, tricherie dans le calcul de ses mantras, possession d’or, désir des femmes, et surtout, l’illusion. L’homme sage qui a débusqué ces obstacles doit à tout prix s’en détourner, par la seule force de sa vertu.

 

32. L’adepte doit prendre la posture du lotus et pratiquer le contrôle du souffle. Il lui faut bâtir une belle cellule monastique, avec une entrée très petite, et sans la moindre fissure.

 

33. Elle doit être soigneusement cimentée à la bouse de vache ou au ciment blanc. Il faut aussi la débarrasser avec minutie des insectes, des moustiques et des poux.

 

34. L’adepte doit la nettoyer tous les jours, avec un balai. Il doit y respirer des odeurs suaves, et y fera donc brûler des résines odorantes.

  

35-36(a). Il préparera son siège ni trop haut, ni trop bas, sur une étoffe, une peau de daim et un coussin d’herbes Kusha, empilés l’un sur l’autre. Puis il prendra la posture du lotus et, le tronc bien redressé, les mains jointes en signe de respect, saluera sa divinité tutélaire.

 

36(b)-40. Ensuite, fermant la narine droite avec son pouce droit, il inhalera progressivement l’air dans sa narine gauche. Il retiendra son souffle aussi longtemps que possible, puis l’exhalera par la narine droite, lentement et sans saccades. Puis il emplira d’air son estomac en inspirant par la narine droite, et devra le retenir aussi longtemps que possible, puis de nouveau l’exhaler par la narine gauche. Ensuite il inspirera de nouveau par la narine qui venait d’exhaler le souffle précédent, et ainsi de suite, en une succession ininterrompue. Le temps qu’il faut pour palper l’arrondi du genou avec la paume de sa main, en allant ni très lentement, ni très vite, puis pour claquer des doigts, donne l’unité de mesure respiratoire (Matra)*.

 

* Cf. shloka 84-87(a), infra, qui précise cette unité de mesure. Elle est d’environ 1 minute. Ce qui semble très long pour cet exercice ! Peut-être vaut-il mieux y voir une approximation, et fixer cette unité de mesure respiratoire à une seconde environ.

 

41-44. Après avoir inspiré par la narine gauche durant environ seize mesures et l’avoir retenu durant environ soixante-quatre mesures, on doit l’exhaler par la narine droite durant environ trente-deux mesures. De nouveau, on inspire par la narine droite, etc., comme précédemment. On doit faire quatre séances quotidiennes de retenue du souffle, à l’aube, à midi, au crépuscule et à minuit, et atteindre quatre-vingt cycles par séance. Au bout de trois mois de cette pratique, s’est opérée la purification des nerfs subtils (Nadis). Une fois les nerfs subtils purifiés, certains signes objectifs apparaissent sur le corps du yogi.

 

yoga Bruxelles / pranayama

 

 

45-46(a). Je vais les décrire : légèreté du corps, éclat du teint, augmentation du feu gastrique, minceur et, accompagnant ces signes, une totale absence d’agitation corporelle.

 

46(b)-49. L’adepte bien entraîné devra abandonner les nourritures préjudiciables à la pratique du Yoga. Il devra abandonner sel, moutarde, mets aigres, épicés, astringents ou acides, mais aussi l’entretien des feux, la fréquentation des femmes, les promenades, les bains de l’aube, l’affaiblissement du corps par les jeûnes, etc. Durant les premiers temps de la pratique, une nourriture à base de lait et de beurre clarifié (ghee) est recommandée; les repas consistant en avoine, légumes secs, verts et rouges, et riz, sont réputés favoriser les progrès. Ainsi, il sera capable de retenir son souffle aussi longtemps qu’il le désire.

 

50-53. Car, en retenant son souffle aussi longtemps qu’il le désire, l’adepte parvient à la suspension du souffle (10). Lorsque l’on a atteint cette phase et que l’inspiration et l’expiration sont devenues superflues, il n’est rien dans les trois mondes qui soit inatteignable pour l’adepte. Au début de cette pratique, la sueur coule abondamment, et il doit l’éponger. Même dans la phase intermédiaire, toujours en conséquence de la retenue du souffle, l’adepte constate une augmentation du phlegme*. Puis, avec une pratique accrue de la concentration (Dharana), la suée se produit de nouveau.

 

(10)  Kevala Kumbhaka : lorsque la pratique de kumbhaka (phase de rétention dans les exercices respiratoires) a été si parfaitement maîtrisée qu’elle se fait naturellement, on l’appelle kevala (pur, simple) kumbhaka. Dans cette suspension profonde du souffle, les phases d’inspiration, retenue et expiration, sont devenues imperceptibles.

 

 * l’une des trois humeurs du corps avec le « vent » et la « bile », selon la médecine ayurvédique. Cf. Dosha.

 

54. À la façon d’une grenouille qui se déplace par bonds, le yogi assis en lotus se verra bouger sur le sol. Plus aguerri en pratique, il se verra s’élever du sol.

 

55. Oui, tandis qu’il est assis en lotus, il lévitera. Et il verra s’élever en lui le pouvoir d’accomplir des exploits extraordinaires.

 

56. Le yogi ne doit pas dévoiler à autrui les phénomènes dus à ses pouvoirs surnaturels. Ni révéler que nulle souffrance, mineure ou majeure, ne peut plus désormais l’affecter.

 

57. Puis ce sont les excrétions et le sommeil qui diminueront. Larmes, sécrétions lacrymales, flot de salive, suée, mauvaise haleine : plus rien de cela ne se produira chez lui.

 

58-60. Avec encore plus de pratique, il développera une grande force qui lui confèrera le pouvoir de se mouvoir sur toute la terre (Bhucara Siddhi), ce qui lui permettra de mettre sous sa domination toutes les créatures qui foulent cette terre : tigres, Sarabhas (homme-lion-aigle), éléphants, taureaux et lions, tomberont morts, à peine seront-ils touchés par la main du yogi. Et il deviendra aussi magnifiquement beau que Kandarpa, le dieu de l’amour en personne (11).

 

(11)  Kandarpa : désir sexuel; « Désir fou », une épithète de Kama, le dieu de l’amour.

 

yoga Bruxelles / khajuraho

 

61-62. Toutes les femmes seront envoûtées par le charme de sa personne et désireront faire l’amour avec lui. S’il reste en contact avec elles, sa semence virile sera perdue; qu’il abandonne donc tout rapport sexuel avec les femmes, et continue sa pratique avec une assiduité accrue. S’il préserve sa semence virile, une odeur suave se dégagera de son corps tout entier.

 

63. Qu’il s’asseye en un lieu retiré, et répète le Pranava Om, psalmodié avec trois unités phonétiques (Pluta Matra), pour la destruction de ses actes négatifs antérieurs.

 

64. Le Pranava Om, en tant que mantra, détruit tous les obstacles et tous les actes négatifs. Grâce à cette pratique, le yogi franchira la première étape, celle de l’effort et de la naissance des pouvoirs paranormaux.

 

65-66. Puis vient la seconde étape, celle de l’autodiscipline (Ghata), dont on vient à bout par une constante suspension du souffle. Lorsqu’une parfaite union est réalisée entre l’inspir et l’expir, le mental et l’intellect supérieur (12), l’âme individuelle et l’Âme suprême, supprimant toute opposition entre eux, on appelle cela l’état d’autodiscipline accomplie. Je vais en décrire les signes.

 

(12)  Buddhi – La Raison, l’Intellect, le facteur dans l’appareil psychique qui perçoit et détermine. 1) L’intellect supérieur : raison, discrimination, jugement; 2) une des 4 fonctions de l’organe interne, l’antahkarana; 3) aptitude à juger et à décider selon la sagesse; 4) souvent traduit par « le mental » avec connotation de sagesse, d’intellect supérieur.

 

67. L’adepte peut maintenant réduire sa pratique à un quart de la durée prescrite précédemment. Qu’il la fasse soir et matin, sans dépasser la durée d’un yama (soit 3 heures).

 

68-69(a). Qu’il pratique aussi la suspension du souffle (Kevala Kumbhaka) une fois par jour. Il faut rétracter complètement les organes sensoriels des objets sensibles durant la suspension du souffle, ce qui s’appelle Pratyahara, le retrait des sens.

 

69(b). Quel que soit l’objet sur lequel tombent ses yeux, qu’il le considère comme étant l’Atman.

 

70. Quel que soit le son que captent ses oreilles, qu’il le considère comme étant l’Atman. Quelle que soit l’odeur que capte son nez, qu’il la considère comme étant l’Atman.

 

71. Quelle que soit la saveur que ressente sa langue, qu’il la considère comme étant l’Atman. Quel que soit l’objet qui entre en contact avec sa peau, qu’il le considère comme étant l’Atman.

 

72. Le yogi pourra sans se fatiguer se concentrer sur ses organes sensoriels de cette façon, chaque jour durant un yama (soit 3 heures), avec une application intense, sans toutefois se fatiguer.

 

73-74. C’est alors que le yogi développe des pouvoirs merveilleux, tels que la clairvoyance, la clairaudience, la capacité de se transporter instantanément à de grandes distances, une éloquence inouïe, l’aptitude à prendre n’importe quelle forme, à devenir invisible, ainsi qu’à transmuer le fer en or en l’enduisant de ses excrétions.

 

75-76. Le yogi qui soutient une pratique constante du Yoga acquiert le pouvoir de lévitation. C’est alors que le yogi avisé prendra conscience que ces pouvoirs sont des obstacles majeurs à la réalisation, et il ne devra pas être enchanté de les utiliser. Même le roi des yogis ne doit jamais exercer ses pouvoirs devant aucun témoin, quel qu’il soit.

 

77. Il devra vivre dans le monde comme un insensé, un idiot ou un sourd-muet, veillant à ce que ses pouvoirs restent secrets.

 

78-79. Sinon ses disciples lui demanderaient sans aucun doute de faire une démonstration de ses pouvoirs afin de satisfaire leur curiosité. Car celui qui est activement engagé dans des devoirs (face au monde) oublie de pratiquer, alors qu’il s’agit de pratiquer nuit et jour, sans jamais oublier les instructions de son maître. C’est ainsi que le yogi passera de l’étape de l’autodiscipline (Ghata) à celle où il est constamment immergé dans la pratique du Yoga.

 

80. On ne gagne rien à des fréquentations vaines, c’est autant de temps perdu pour la pratique. Et le Yoga exige un effort considérable.

 

81-83(a). C’est par cette pratique constante que se gagne la troisième étape, celle de la connaissance intime (Parichaya). C’est une pratique ardue : le souffle (Vayu) s’associe au feu (Agni) pour opérer la percée de l’énergie sacrée – Kundalini (13), et – guidé mentalement par l’adepte – s’écoule dans la Sushumna nadi (14) de façon continue. Lorsque la conscience (Chitta) de l’adepte pénètre dans la Sushumna nadi en compagnie du souffle vital (Prana), elle monte de concert avec celui-ci jusqu’au centre le plus éminent [celui de la tête, fort probablement].

 

yoga Bruxelles / kundalini

 

(13)  Kundalini (kundala = rouleau de corde; kundalini = serpent femelle lové) : l’énergie cosmique divine, résidant en chaque jiva, sous la forme d’un serpent enroulé sur lui-même, à la base de la colonne vertébrale dans le muladhara chakra. Cette énergie latente doit être éveillée, puis on doit la faire remonter le long de sushumna, canal principal de la colonne vertébrale, au travers des chazkras, jusqu’au sazhasrara, le lotus aux 1000 pétales situé dans la tête. Le Nirvikalpa samadhi, l’illumination, survient aussitôt accomplie la percée de la porte de Brahman, au cœur du sahasrara. Alors le yogi est en communion avec l’Âme suprême universelle. Puis la Kundalini shakti retourne à la base et s’y love à nouveau, ou elle reste dans l’un ou l’autre des chakras qu’elle a éveillés à son passage. L’éveil est réputé parfaitement accompli lorsque la Kundalini shakti ne redescend jamais plus bas que le sahasrara, le chakra coronal.

 

(14)  Sushumna Nadi : principal canal subtil qui longe la moelle épinière dans toute sa longueur. C’est par ce canal que s’élève la kundalini, c’est par lui que s’écoule la Connaissance une fois l’ouverture de Brahman (Brahmarandra) descellée et la communication spirituelle pleinement établie.

 

83(b). Il y a cinq éléments : Bhumi (ou Prithivi), la terre, Apas, l’eau, Tejas, le feu, Vayu, l’air, Akasha, l’éther (ou l’espace).

 

84-87(a). Faisant corps avec les cinq éléments, il y a la quintuple méditation divine*. Des pieds aux genoux, c’est, dit-on, la région de Prithivi, la terre: de forme carrée, de couleur jaune, correspondant à la semence verbale Lam. On doit faire remonter le souffle, accompagné de la syllabe Lam, le long de la région de la terre, et contempler là le dieu Brahma avec ses quatre visages et ses quatre bras couleur d’or; il faut maintenir cette concentration (Dharana) pendant deux heures**. Alors l’adepte développera une pleine maîtrise sur l’élément terre, et il ne sera plus assujetti à la mort sur terre, du fait de cette maîtrise.

 

* Elle a pour objet les dieux Brahma, Narayana (Vishnu), Rudra, Ishvara et Sadashiva.

** Pendant cinq fois vingt quatre mesures, dit le texte sanskrit, se référant explicitement à la mesure présentée au shloka 40. Deux heures, dit Narayanasvami Aiyar, dont la compétence est indiscutable. Cent vingt mesures, deux heures : la mesure est donc de plus ou moins 1 minute.

 

87(b)-90. La région d’Apas, l’eau, s’étend, dit-on, des genoux à l’anus : en forme de demi-lune, de couleur blanche, correspondant à la semence verbale Vam. On doit faire remonter le souffle, accompagné de la syllabe Vam, le long de la région de l’eau, et contempler là le dieu Narayana avec sa tête couronnée et ses quatre bras, ayant la transparence du cristal, vêtu d’une robe orange, immortel; il faut maintenir cette concentration pendant deux heures. Alors l’adepte sera purifié de tous ses actes négatifs, il n’aura plus à craindre aucun danger provenant de l’eau, car ce ne sera pas dans l’eau qu’il rencontrera la mort.

 

91. La région d’Agni, le feu, s’étend, dit-on, de l’anus au cœur : de forme triangulaire, de couleur rouge, correspondant à la semence verbale Ram.

 

92-93(a). On doit faire remonter le souffle, rendu resplendissant par la syllabe Ram qui l’accompagne, le long de la région du feu, et contempler là le dieu Rudra avec ses trois yeux, qui comble tous les souhaits, qui a l’éclat du soleil à son zénith, qui est revêtu de cendres des pieds à la tête, satisfait et bienveillant.

 

93(b)-94(a). Il faut maintenir cette concentration pendant deux heures. Alors l’adepte développera une pleine maîtrise sur l’élément feu, et il ne sera pas consumé par le feu, même lorsque sa dépouille sera déposée sur un bûcher.

 

94(b)-96. La région de Vayu, l’air, s’étend, dit-on, du cœur à l’espace inter-sourcilier : de forme hexagonale, de couleur noire, correspondant à la semence verbale Yam. On doit faire remonter le souffle, accompagné de la syllabe Yam, le long de la région de l’air, et contempler là le dieu Ishvara (15), l’Omniscient, avec ses visages regardant de tous les côtés; il faut maintenir cette concentration pendant deux heures. Alors l’adepte se déplacera dans l’air, puis dans l’éther (Akasha), il n’aura plus à craindre aucun danger provenant de l’air, car ce ne sera pas dans l’air qu’il rencontrera la mort.

 

(15)  Ishvara : « Dieu ou Seigneur suprême » – Dieu personnel; aspect relatif et formel de Brahman, par opposition à son caractère d’Absolu, hors de la manifestation. C’est alors l’aspect personnifié, anthropomorphique du Saguna Brahman. Ishvara est le Pouvoir suprême, le Maître du manifesté et du non-manifesté, le Régent cosmique, et il possède les pouvoirs d’omnipotence, d’omniprésence et d’omniscience. Cf. Bhagavan.

 

97-98(a). La région d’Akasha, l’éther, s’étend, dit-on, de l’espace inter-sourcilier au sommet de la tête: de forme circulaire, de la couleur de la fumée, correspondant à la semence verbale Ham.

 

98(b)-101(a). On doit faire remonter le souffle, accompagné de la syllabe Ham, le long de la région de l’éther, et contempler là le dieu Sadashiva (16), le Propice, en forme de goutte (bindu), le dieu majestueux, dont la nature est celle de l’éther, miroitant tel le cristal le plus pur, dont le front s’orne du croissant de la lune montante, qui possède cinq visages, dix bras et trois yeux, satisfait et bienveillant, brandissant toutes les armes, paré de tous les ornements, incorporant la déesse Uma (17) dans la moitié gauche de son corps, prêt à exaucer toutes les prières, et qui est la Cause de toutes les causes.

 

(16)  Sadashiva : « le Révélateur ou l’Éternellement Propice» – L’une des épithètes de Shiva en tant qu’Être Primordial, synonyme de Parameshvara (le Suprême Ishvara, la Divinité Suprême), manifestant son aspect de félicité et de prospérité éternelles. Cette épithète est utilisée par les Shivaïtes, en lieu et place de Brahman ou d’Atman. Les cinq aspects essentiels de Shiva sont : 1) SadaShiva, «le Révélateur »; 2) Maheshvara, « l’Obscur »; 3) Brahma, « le Créateur »; 4) Vishnu, « le Protecteur »; 5) Rudra, « le Destructeur ».

 

(17)  Uma : « La Paix de la Nuit » – L’une des manifestations de la Mère des Dieux, la Grande Déesse, en tant que Connaissance éternelle se propageant à travers l’univers infini. Elle est l’épouse de Shiva sous son aspect de Seigneur-du-Sommeil.

 

101(b). Il faut maintenir cette concentration dans la région de l’éther. Alors l’adepte obtiendra assurément le pouvoir de léviter dans l’éther.

 

102. Il jouira de la félicité suprême, où qu’il se trouve. L’adepte aguerri en Yoga doit pratiquer cette quintuple concentration divine.

 

103. Alors son corps se renforce, au point qu’il ne connaîtra plus la mort. Oui, cet homme à l’esprit supérieur ne connaîtra plus la mort, pas même durant le grand déluge de Brahma (18).

 

(18)  Pralaya : « dissolution, réabsorption; destruction, mort » -Destruction partielle de l’Univers à la fin d’un kalpa ou jour de Brahma (ou éon), soit 4.294.080.000 années solaires, caractérisée par la réabsorption des mondes physiques et subtils dans le monde causal. Il y a 3 sortes de périodes de dissolution : a) le laya, à la fin d’un mahayuga, caractérisé par la destruction du monde physique; b) le pralaya, à la fin d’un kalpa; c) le mahapralaya, à la fin d’un mahakalpa ou vie de Brahma, soit 309,173,760,000,000 années solaires, caractérisé par la destructions des 7 mondes, seul demeurant le huitième monde, a Prakriti non-manifestée, Pradhana. Cf. Cycle cosmique.

 

104-105. À ce point, l’adepte devra se mettre à pratiquer la contemplation (Dhyana) pendant une durée de six Ghatikas* (soit 2 heures et 24 minutes). Qu’il retienne son souffle dans la région de l’éther et y contemple cette divinité bienveillante – c’est ce qu’on appelle la contemplation avec attributs (Saguna), apte à procurer les pouvoirs surnaturels, telle la vision atomique (cf. shloka 22). Quant à l’adepte qui s’engage dans la contemplation sans attributs (Nirguna), il parviendra à l’absorption extatique (Samadhi).

 

* Ghatika ou Nadika : mesure de temps, équivalant à 24 minutes, soit un demi-muhurta.

 

106. Oui, en douze jours au minimum, il parviendra à cet état d’absorption extatique. Continuant de retenir son souffle, l’adepte avisé devient alors un libéré vivant (19).

 

(19)  Jivanmukti : la libération où l’on garde conscience de son corps, ou obtenue de son vivant, ante mortem; s’oppose à videha mukti, la libération désincarnée, où l’on perd conscience de son corps, qui peut être obtenue tout en restant vivant, ou post mortem.

 

Yoga Bruxelles / Sri Ramakrishna 

107. L’absorption extatique (Samadhi) est un état où l’âme individuelle et l’Âme suprême sont en totale équivalence. S’il le désire, l’adepte peut alors s’émanciper de son corps.

 

108-109(a). Il sera alors absorbé au sein de l’Âme suprême, et ne ressentira pas le besoin de s’en détourner. Mais si tel n’est pas son désir et que son corps lui reste cher, il pourra se déplacer dans tous les mondes grâce à sa possession des pouvoir surnaturels. (ci-contre Sri Ramakrishna en samadhi)

 

109(b)-110. Tantôt il devient un dieu et vit, entouré d’honneurs, dans le monde céleste, tantôt il devient un être humain ou un génie (Yaksha), à sa guise. Il peut aussi prendre la forme d’un lion, d’un tigre, d’un éléphant ou d’un cheval, à sa guise.

 

111. Le yogi qui s’est identifié au Seigneur suprême (Maheshvara), pourra continuer de vivre aussi longtemps qu’il le désirera. Les différences portent sur les procédés, mais le résultat reste le même.

 

112-115(a). L’adepte doit placer son talon gauche contre son périnée, de façon appuyée, étirer sa jambe droite et la maintenir fermement des deux mains. Il doit baisser sa tête jusqu’à toucher sa poitrine, et inhaler lentement. Puis il retiendra son souffle aussi longtemps que possible, avant d’exhaler lentement. Après avoir commencé avec le talon gauche, il reprendra avec le talon droit. Mais il placera maintenant sur la cuisse [opposée] le pied qui auparavant était allongé. Cela s’appelle Maha Bandha (20), la Grande Ligature, que l’on doit pratiquer d’un côté, puis de l’autre.

 

(20)  Bandha : 1) asservissement, chaînes; 2) technique de ligature, par laquelle certains organes ou parties du corps sont contractés et contrôlés, en particulier durant le pranayama, afin de stimuler les énergies fluidiques des chakras. Les trois ligatures les plus importantes sont : mula (de l’anus au nombril), uddiyana (le diaphragme), kantha ou jalandhara (la gorge).

 

 115(b)-117(a). Assis dans la posture Maha Bandha, le yogi doit inhaler profondément, puis, avec une extrême détermination, immobiliser le cours du souffle au moyen du Sceau de la gorge (Jalandhara Mudra) et, très rapidement, l’amener à emplir les deux nadis latérales (Ida et Pingala). Cela s’appelle Maha Vedha, la Grande Percée, qui est fréquemment pratiquée par les adeptes accomplis (Siddhas).

 

 117(b)-118(a). Repousser la langue dans la cavité intérieure de la tête tout en fixant le regard sur le centre inter-sourcilier, cela s’appelle Khechari Mudra, le Sceau de l’oiseau.

 

 118(b)-119(a). Si l’on contracte les muscles du cou et, avec une volonté ferme, place le menton sur la poitrine, cela s’appelle Jalandhara Bandha, la Ligature de Jalandhara (21).

 

(21)  Jalandhara : « qui porte l’eau » – nom d’un Asura (anti-dieu) né d’un éclair lancé par le troisième œil de Shiva sur l’océan.

 

119(b)-120(a). Cette contraction par laquelle le souffle vital s’envole vers le haut de la Sushumna nadi (cf. 81-83a), c’est Uddiyana Bandha, la Ligature de l’envol.

 

(22)  Uddiyana : « s’envoler » – Dans Uddiyana Bandha, le diaphragme est remonté très haut dans le thorax et les organes abdominaux sont aspirés en arrière vers la colonne vertébrale : par ce procédé, l’adepte oblige le grand oiseau Prana (la Vie) à prendre son envol le long de la Sushumna nadi.

 

Yoga Bruxelles / Uddiyana Bandha

 

120(b)-121(a). Appuyer fermement un talon contre le périnée tout en contractant l’anus et faisant remonter le souffle descendant (23), c’est ce qu’on appelle le Yoni Bandha, la Ligature du périnée.

 

(23)  Apana est le souffle qui gouverne l’expulsion, la descente (expiration). Apana circule dans l’abdomen, du nombril au périnée. C’est une force descendante, qui régit l’excrétion d’urine, fèces, gaz, sécrétions sexuelles, sang menstruel, mais aussi du fœtus au moment de l’accouchement. Il apporte l’énergie qui active le gros intestin, les reins, la vessie, l’anus, les organes génitaux et l’utérus.

 

121(b)-122(a). Grâce à Mula Bandha, la Ligature de la base (24), le souffle ascendant (Prana) et le souffle descendant (Apana) sont réunis, de même que le son intérieur (Nada) et la semence (Bindu), apportant le succès dans la pratique du Yoga. Il n’y a aucun doute à ce sujet.

 

(24)  Mulabandha : technique par laquelle la partie du corps située entre l’anus et le nombril est contractée et remontée vers la colonne vertébrale, afin de susciter l’éveil et/ou la montée de la kundalini.

 

122(b)-124(a). Pour celui qui pratique dans une position inversée (Viparita Karani), ce qui éradique toutes les pathologies, le feu gastrique est attisé. Aussi le pratiquant devra-t-il prévoir des provisions généreuses; s’il ne prenait que de menues portions de nourriture, son feu gastrique consumerait rapidement son corps.

 

124(b)-125. Le premier jour, on doit se tenir sur la tête avec les pieds élevés, seulement durant un moment. Il faut augmenter graduellement cette période, et cela de jour en jour. Rides et grisonnement de la chevelure disparaîtront en l’espace de trois mois.

 

126. Celui qui pratique [la position inversée] ne serait-ce qu’un yama (3 heures) par jour, deviendra maître du temps. Quant à celui qui pratique Vajroli Mudra (25), le Sceau de la foudre, il deviendra un yogi accompli, dépositaire de tous les pouvoirs surnaturels.

 

(25)  Vajroli Mudra : « Sceau de la foudre » – Pratique yoguique et tantrique, qui consiste en la constriction du méat urinaire, soit dans un rapport sexuel, pour maîtriser l’émission de semence, soit dans la mobilisation de l’énergie sacrée, Kundalini. Cf. Shakti-Chalini Mudra.

 

127-128. Si tous les pouvoirs surnaturels (Siddhis) peuvent jamais être atteints, celui-là seul [qui pratique Vajroli] les tiendra à portée de sa main. Il connaîtra le passé et l’avenir, et saura assurément se déplacer dans les airs. Celui qui boit ce nectar de cette façon, se rend immortel de jour en jour. Mais il doit pratiquer quotidiennement Vajroli, qui prend alors le nom d’Amaroli, le Sceau de l’immortalité (26).

 

(26)  Il est regrettable que le texte ne soit pas plus clair. Amaroli (Mudra) : « Sceau de l’immortalité » – Selon le Hatha Yoga Pradipika, Amaroli est une variante de Vajroli, et concerne clairement le flot d’Amrita qui coule du Soma chakra, et non l’urine (qui se dit mūtra, vār, termes qu’on ne trouve pas dans les passages concernés), quoique cette association soit devenue fréquente. Amaroli consisterait plutôt en une pratique conjointe de Khechari et Vajroli mudras.

 

129-131(a). L’adepte est maintenant parvenu à l’étape du Raja Yoga, où il ne rencontre aucun obstacle. Lorsqu’un yogi accomplit tous ses actes dans l’esprit du Raja Yoga, il parvient assurément à la discrimination et au détachement des objets des sens. Vishnu, le yogi éminent, le grand Être et l’ascète ardent, le meilleur des Purushas, est dès lors pour lui la lampe qui éclaire le chemin de la vérité.

 

131(b)-134(a). Ce sein qu’il avait tété dans une vie antérieure, voici maintenant qu’il prend du plaisir à le caresser. Il jouit aujourd’hui de la matrice même par laquelle il était venu au monde, dans une vie antérieure. Celle qui fut autrefois sa mère est aujourd’hui sa femme, et celle qui est maintenant sa femme fut une mère autrefois et le sera de nouveau. Celui qui est aujourd’hui son père sera une nouvelle fois son fils, et celui qui est maintenant son fils sera une nouvelle fois son père. C’est ainsi que les âmes individuelles de ce monde vont et viennent dans la roue des naissances et des morts (Samsara), comme un seau attaché à la roue d’un puits, et s’ébattent dans les trois mondes (27).

 

(27)  Triloka : « les trois mondes » – Ce sont les 3 premiers plans cosmiques : 1) Bhuloka : « monde de terre », le plan physique; 2) Antarloka ou Bhuvaloka : « entre-deux mondes », le plan astral ou kama-manasique, correspondant aux plans astral, mental inférieur et supérieur, en ésotérisme; 3) Shivaloka (ou S(u)valoka) : « monde de Shiva », monde céleste où demeurent les dieux et les âmes hautement évoluées, correspondant au plan causal en ésotérisme.

 

134(b)-136(a). Il existe trois mondes, comme il existe trois Védas, trois crépuscules (aube, midi, soir), trois tons (Svaras), trois feux sacrés et trois attributs de l’énergie (Gunas) – et toutes ces triades se surimposent aux trois lettres A, U, M (ou Om). Celui qui les connaît, connaît Cela qui est éternel et recèle le sens des trois lettres, Cela sur quoi les trois mondes sont enfilés, Cela qui est Vérité et Réalité suprêmes.

 

136(b)-138(a). Comme le parfum dans la fleur, comme le beurre dans le lait, comme l’huile dans la graine de sésame, comme l’or dans la pépite, il y a le lotus dans la cavité du cœur. Il est tourné vers le bas, tandis que sa tige monte. Son essence (Bindu) s’écoule vers le bas et, en son centre, se trouve le mental (Manas).

 

138(b)-139(a). Par la lettre A, le lotus s’épanouit [tout en se redressant], par la lettre B il se fend, par la lettre M il entre en vibration sonore (Nada), et par la demi-lettre (Ardha-matra), il rencontre le silence.

 

139(b)-140(a). L’adepte qui s’est attelé au Yoga parvient au séjour suprême, qui est d’une pureté cristalline, qui est indivis, et où s’abolissent tous les actes négatifs.

 

140(b)-141. Comme une tortue rétracte dans sa carapace ses pattes et sa tête, de même l’adepte scelle en lui l’air qu’il a inspiré. Puis il le rejette par les neuf orifices corporels (28), après l’avoir fait remonter et l’avoir dilaté [dans tout son corps].

 

(28)  Les neuf orifices ou La cité aux neuf portes : les 2 yeux, les 2 oreilles, les 2 narines, la bouche, le méat urinaire, l’anus.

 

142. Comme une lampe enfermée dans un vase clos donne une flamme immobile, ce que l’on voit dans le cœur à la faveur du Yoga, lorsque les neuf orifices corporels sont scellés, est aussi sans mouvement, dégagé de toute modification : c’est cela, l’Atman, et uniquement cela. »

 

Yoga Bruxelles / image 178

 

Om ! Puisse-t-Il nous protéger tous deux !

Puisse-t-Il nous nourrir tous deux !

Puissions-nous travailler conjointement avec une grande énergie,

Que notre étude soit vigoureuse et porte fruit;

Que nous ne nous disputions pas, et que nous ne haïssions personne.

 

Om ! Que la Paix soit en moi !

Que la Paix gagne mon environnement !

Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

 

Ici se termine la Yogatattvopanishad, appartenant au Krishna YajurVéda.

 

 

 

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