Partagez !
Share On Facebook

Yoga Bruxelles Iyengar, intégral, énergie, Viniyoga….


Hindu boy abandoning everything copie

 

Enfant Hindou abandonnant tout (gravure fin 19ème)




Voici un article fait de passages que nous avons prélevés dans 3 textes différents. Nous vous aurions bien livré ces 3 textes en entier – comme nous le faisons d’habitude –  mais nous avons cette fois  reculés au vu de leur  difficulté.

 

Un texte est de Louis Dumont, “Le renoncement dans les religions de l’Inde” in Archives des sciences sociales des religions, Année 1959, Volume 7, Numéro 1 p. 45 – 69. Un autre texte est de Marc Gaborieau “Les renonçants dans l’hindouisme et dans l’Islam in: Annales. Histoire, Sciences Sociales, 57e année, N. 1, 2002. pp. 71-92. Un enfin des passages de Madeleine Biardeau sur le Karman.

 

Tous ces gens sont – ou étaient – , des érudit et des spécialistes de l’Inde et des religions. Par ailleurs nous en profitons pour vous offrir quelques images plutôt rares dans la galerie insérée en milieu du texte. Plus de la moitié des photos datent de la fin du 19ème siècle ou du début 20ème.





Pour aborder le thème du renoncement  dans l’Hindouisme il faut partir de différentes notions, dont celle de karman (aussi celle de « samsâra » – transmigration –  et celle de caste).


Dérivé du radical sanskrit kr qui signifie « faire » au sens le plus large du terme, karman désigne, dès la littérature la plus ancienne de l’Inde, n’importe quel acte, mais plus particulièrement l’acte rituel, tout rite accompli selon les prescriptions des textes révélés. Comme tel, il relève du vocabulaire technique du brahmanisme classique qui distingue les rites quotidiens et obligatoires – nityakarman -, les rites occasionnels – naimittikakarman -, provoqués par une circonstance particulière, et les rites votifs – kamyakarman -, accomplis en vue d’un but défini.


La théorie du rituel est fondée sur une conception générale selon laquelle tout acte est douloureux parce qu’il implique un effort : on n’agit que parce qu’on attend de l’acte un plus grand bien pour soi-même. Les rites obligatoires auxquels n’est pas attaché un « fruit » particulier sont faits, eux aussi, parce qu’on en espère quelque chose, à tout le moins l’absence de malheur .


À cette conception ritualiste étroitement liée au système des castes (lui-même fondé sur une opposition hiérarchique du pur et de l’impur), s’oppose la conception des « renonçants », de ceux qui ont dit un adieu définitif à la vie dans le monde  pour se vouer à la recherche de la Délivrance finale – moksa– ; c’est elle que l’on connaît généralement sous le nom de « théorie du karman »….


A la différence du Bhramane (voir article sur les différents usages du mot Bhramane), prêtre supérieur dépositaire des rites et assez confortablement installés dans le monde, le renonçant a laissé le monde derrière lui, pour se consacrer à sa propre libération. Il est soumis à un maître qu’il a choisi, peut-être même est-il entré dans une communauté monastique, mais dans l’essentiel il ne dépend que de lui-même, il est seul. En quittant le monde, il s’est vu soudain pourvu d’une individualité, incommode sans doute, qu’il lui faut transcender ou éteindre. Sa pensée est celle d’un individu.


Soulignons que Louis Dumont réfère cette idée à une distinction nette opérée entre deux civilisations en miroir dont les traits symétriques sont diamétralement opposés: d’un côté, l’hindouisme polythéiste et hiérarchique, qui est une religion de groupe et qui fonde son ordre social sur le système des castes ; de l’autre, le christianisme dans sa version moderne occidentale, monothéiste et égalitaire, qui est une religion de l’individu. Ces deux religions, reposant sur des valeurs ultimes incompatibles, fondent des ordres sociaux opposés. Entre les deux, Dumont….insère un moyen terme : le renonçant hindou qui, ayant quitté le monde de la caste, a émergé comme individu au sein de la religion de groupe.


Notons au passage cette remarque de Dumont, commenté par Marc Gaborieau, que « l’islam comme le christianisme est une religion monothéiste égalitaire {…] le cas des musulmans est ainsi dans son principe semblable à celui des chrétiens »… mais que l’islam fait difficulté dans le sens ou elle est une religion individualiste qui n’a pas donné l’autonomie au domaine politique. L’islam n’a pas (préparé et) accepté, comme le christianisme, la révolution moderne des valeurs; ce n’est pas une religion de l’individu au sens présent. C’est une religion hybride : il a théologiquement les potentialités du christianisme pour s’ouvrir vers l’individualisme et l’égalitarisme ; mais il est resté englué dans la cohésion de groupe caractéristique des civilisations plus anciennes comme l’hindouisme. Ainsi la caste – bien qu’elle eût dû être absente chez les musulmans en application des valeurs ultimes de leur religion – réapparaît en fait sous une forme atténuée. Ceci explique pourquoi l’Islam, présente en Inde depuis le au moins le 13ème siècle est restée entièrement étrangère à l’Hindouisme.


Pour les renonçants, tout acte, et spécialement l’acte rituel, étant essentiellement périssable, ne peut porter que des fruits périssables, mais en même temps, comme il marque l’attachement à ce monde et à ses jouissances par l’attente d’un résultat, il est responsable du renouvellement indéfini des renaissances. Tout acte doit porter son fruit, sinon dans cette vie, du moins dans une vie future ; aussi, pour supprimer toute vie future, faut-il supprimer les actes. C’est donc à ce projet que le « sannyasâ » consacre son existence.


Ainsi, avec le « renonçant », Il y a un renversement complet des perspectives de l’homme ordinaire tel que le conçoit le brahmanisme orthodoxe, puisque le but suprême poursuivi par ce dernier au moyen du rituel est l’immortalité céleste…. Pour le renonçant hindou, c’est l’acte, et en particulier le rite, donc l’accomplissement de son devoir quotidien au sein de la société, qui entraîne ipso facto les renaissances, et l’immortalité à laquelle il aspire n’est plus le simple prolongement céleste de la vie d’ici-bas mais la délivrance définitive des conditions de la vie empirique individuelle, du samsara (transmigration, réincarnation)…



Le terme général dans le langage courant pour le renonçant est sâdhû, qui signifie homme droit, saint homme ; il porte généralement un vêtement ocre, couleur du renoncement, avec les signes distinctifs de son ordre…. Il appartient par initiation – en fait souvent aussi par naissance – à un ordre ascétique. Ce dernier lui dicte une spiritualité et des techniques mystiques, sources de pouvoirs. Depuis le XIVe siècle on a désigné tous les renonçant hindous par le terme sanscrit yogin ou yogi, devenu jogî dans les langues vernaculaires (faisons ici attention : le renonçant n’est pas un adepte du yoga au sens ou nous l’entendons aujourd’hui).


Il y a aussi de multiples autres ordres dont au  premier rang et à part, l’ordre arché­typal des Dasnâmî: c’est celui des renonçants par excellence, les sannyâsi. Les Dasnâmî sont considérés comme shi­vaïtes, c’est-à-dire dévots du dieu Shiva. À partir de là, les ordres ascétiques se divisent en deux branches, d’un côté les shivaïtes, de l’autre les vishnouites ou dévots du dieu Vishnou. Parmi les premiers, les Lingâyats ou Vîrashaiva, qui tirent leur nom du Phallus (linge, lingam) miniature, emblème de Shiva, qu’ils portent comme signe distinctif, originaires du sud de l’Inde, ils sont présents aussi au nord jusqu’au Népal. Omniprésents dans l’Inde du Nord, mais s’avançant loin vers le sud nous trouvons les yogis Kânphatâ (aux « oreilles percées ») reconnaissables aux grands anneaux qui leur traversent le lobe des oreilles ».



Cependant, comme le dit la Bhagavadgita, l’homme ne peut se passer d’agir même un instant et il lui faut d’une manière ou d’une autre composer avec le karman, le sannyasa intégral étant un idéal inaccessible. On peut, sur le fond de cette évidence de sens commun, voir se détacher trois principales directions selon lesquelles s’oriente l’hindou pieux et qui ne sont d’ailleurs pas exclusives les unes des autres.



La première voie, la plus théorique sans doute est celle qui partage la vie de chaque homme en plusieurs périodes et voue la dernière au sannyasa : après avoir été étudiant brahmanique, puis maître de maison et père de famille, puis ermite forestier en compagnie de sa femme, le brâhmane peut devenir enfin un complet sannyasin en renonçant à tous ses devoirs sociaux, à toutes ses attaches familiales, lorsqu’il a vu naître le fils de son fils. Ne pratiquant plus de rites, ne mangeant que de la nourriture sauvage et crue ou reçue en aumône, il réduit au minimum le karman….


À l’opposé, la plupart des hommes pieux s’installent sans effroi dans la perspective de renaissances indéfiniment renouvelées et acceptent de n’être pas mûrs pour la Délivrance. Tout leur effort porte alors sur l’acquisition d’un bon karman qui leur assurera les meilleures renaissances possibles : il s’agit d’accomplir strictement ses devoirs de caste de manière à renaître dans une caste au moins égale à la sienne, sinon supérieure. Quand on est brâhmane, on veut renaître brâhmane. La considération de la vie plus ou moins heureuse est seconde par rapport à la préoccupation de la caste. Le karman reste toujours essentiellement le rite, l’observance religieuse liée à sa caste. Et l’on attend de lui de bons fruits si l’on a été fidèle à ses devoirs.


Cependant, cette voie « mondaine », qui reprend la théorie du karman à son profit et justifie par elle la structure sociale ainsi que la poursuite de fins égoïstes, a été singulièrement fécondée par l’irruption, sous une autre forme, de la réflexion des renonçants : la Bhagavadgita, livre de chevet de l’hindou pieux, est le texte fondamental où s’exprime ce troisième courant, et il n’est pas exagéré de dire que son message est omniprésent dans l’hindouisme et ne laisse pratiquement jamais subsister à l’état pur la seconde voie qu’on vient d’analyser.


Dans la Bhagavadgita, en effet, le dieu Krsna enseigne une forme intériorisée du renoncement. Il ne s’agit plus de quitter le monde et de réduire les actes au strict minimum, mais bien de renoncer au fruit des actes tout en continuant à les accomplir au sein de la société à laquelle on appartient. On a souvent parlé de l’invraisemblance de ce discours adressé par Krsna au prince Arjuna sur un champ de bataille où ce dernier doit affronter de proches parents devenus ennemis (voir sur le site le chapitre 3 de la Bhagavad Gitâ).


Mais cette mise en scène est, au contraire, la dramatisation extrême de la situation de l’homme, du prince surtout, qui doit faire abstraction de tous ses sentiments personnels pour faire son devoir, c’est-à-dire, encore et toujours, son devoir de caste. Pourtant, ce faisant, il ne cherche plus un bien pour lui-même mais « le bien des mondes », à l’imitation de Dieu lui-même. C’est pourquoi son karman, accompagné d’un véritable détachement intérieur et du seul attachement à Dieu, ne porte plus de fruit sous forme de renaissances futures, mais le mène à la Délivrance. En fait, cette doctrine de l’action désintéressée et de l’amour de Dieu (bhakti) s’est répandue dans l’hindouisme en laissant dans l’ombre la question de la Délivrance. Le bhakta, le dévot, qui trouve son bonheur dans l’amour de Dieu ainsi pratiqué, s’accommode bien de l’idée de retrouver ce même bonheur dans d’autres vies à venir et, sauf exception, n’aspire pas tellement à la Délivrance. Cette conception du karman propre à la bhakti a ainsi pour effet, d’une part, de ne pas nier l’importance des devoirs inhérents à la caste et de laisser la structure sociale intacte, d’autre part, de pénétrer l’action humaine d’une signification morale qui était absente de toutes les autres conceptions.




 



Print This Post Print This Post Email This Post Email This Post

Autres cours au Dojo

Articles & Textes

Nouveau cours le jeudi matin..

Partagez !
Share On Facebook

Yoga Bruxelles / nouveau cours le jeudi matin

 

Nouveau cours le jeudi matin à 9h. Téléphoner au professeur (Patrick Buch) pour des précisions…suivre le lien….