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Yoga Intégral à Bruxelles / prânâyama (suite)



Voici la suite du texte d’enseignement sur le prânâyama dans le Yoga de Ralph Stehly, Professeur d’histoire des religions à Université de  Strasbourg. Nous l’illustrons d’une série d’images issus d’un receuil anglais de 1932 sur  « Les coutumes au Bengales ». Elle ont toutes trait au pratiques rituelles des Brahmanes et on y trouve en effet le prânâyama tel que le décrit l’auteur du texte. Nous avons gardé l’ortographe d’origine pour le titre de chaque image.



Le prânâyama (suite)


Le prânâyama est quelque chose de tout à  fait banal en Inde, puisqu’il constitue le prélude du rituel quotidien de la samdhyâ (48 minutes avant le lever du soleil et autant avant son coucher).


Le prânâyama comme rite de purification





Le rituel hindou, encore aujourd’hui en usage, insiste très fort sur la dimension de purification interne que comporte le prânâyama. On le comprendra aisément, puisque le prâna est le seul fluide qui imprègne la totalité du corps physique et subtil, et qu’il assure la continuité énergétique entre notre corps et le cosmos:


 » Après qu’on a pris un bain pour purifier le corps physique externe et qu’on s’est rincé la bouche, il convient, précise le rituel, de réguler les organes internes par le prânâyama et de les purifier par lui « 


Pranayama2


Celui-ci consiste à inhaler de l’air par la narine droite, puis à comprimer les deux narines, et à retenir l’air durant une minute, enfin à l’expirer finalement par la narine gauche. Pour réguler les périodes d’inspiration, de rétention et d’expiration, on récite la Gâyatrî, avec certains ajouts qui lui font atteindre 60 syllabes. Comme on met une seconde pour prononcer une syllabe, la période de rétention du souffle durera donc une minute, de même l’inspiration et l’expiration:


om bhûh om bhuvah om svah

om mahah om janah

om tapas om satyam [= Vyahriti]

om tat savitur varenyam

bhargo devasya dhîmahi

dhiyo yo nah pracodayât [=Gâyatrî]

om âpo, jyotî

raso, ‘mrtam, Brahma

bhûr bhuvas svar om [çiras]


Traduction:


Om. Terre. Om. Espace intermédiaire. Om. Ciel.

Om. Tout-puissant. Om. Créateur.

Om. Energie. Om. Vérité.

Om. Ceci est la splendeur admirable du soleil. Concentrons notre pensée sur l’éclat du dieu C= le soleil] Puisse-t-il mettre en branle notre méditation î

Om. Omniprésent. Lumière. Quintessence. Immortalité. Brahman. Terre. Espace intermédiaire. Ciel. Om.


L’objet du prânâyama est dans un premier temps de purifier le sang, de dégager la poitrine et de donner du tonus à l’ensemble des organes internes, et dans un deuxième temps de sanctifier le corps tout entier d’en faire un temple de Dieu, en méditant qu’il habite sous son aspect créateur [Brahmâ] dans les organes digestifs ou dans le plexus solaire, sous son aspect préservateur [Vichnou] dans le cœur et le système circulatoire, sous son aspect générateur et régénérateur [Çiva]dans le cerveau et le système nerveux. Chaque samdhyâ comporte trois prânâyama. A chaque séquence du prânâyama (inspiration, rétention, expiration), on récite mentalement les trois mantras ci-dessus. Avant de prononcer chaque mantra on répète mentalement:


  • le nom du rishi auquel le mantra a été révélé
  • la divinité qui est l’objet de la méditation


* le mètre, le rythme et la note sur lesquels est chanté le mantra

* ce que l’on recherche pour chaque mantra: dans la Gâyatrî, par exemple, la régulation du souffle et purification de toutes les impuretés physiques et mentales.


Chaque prânâyama comprend:


1) Purâka (inspiration) : les deux mains du méditant tiennent un chapelet et un vase à eau. On ferme la narine gauche avec l’annulaire et le majeur, et on inspire par la narine droite, de telle façon que le prâna atteigne le nombril. On médite sur Brahmâ que l’on se représente en tant qu’il a une couleur rouge et quatre bras.


2) kumbhaka (rétention) : on ferme les deux narines et la bouche. On médite sur Vichnou (et Krishna) tenant une conque, un disque, bâton et un lotus dans ses quatre mains et assis sur l’oiseau Garuda. Couleur bleue.


3) recaka (expiration) : on expire lentement par la narine gauche en récitant comme toujours les trois mantras (vyahriti, gâyatrï, çiras). On médite sur Çiva (couleur blanche) à deux mains, tenant un trident et un tambour, un croissant de lune sur le front et assis sur le taureau Nandin.


Il convient de méditer sur ces trois divinités comme résidant dans son propre corps et présidant aux trois fonctions du corps: digestion (estomac), circulation (cœur) et fonctions intellectuelles (cerveau). La samdhyâ est un rite en 18 temps. Pour le rite du matin, on trouve en deuxième position une purification accompagnée d’une confession des péchés (âcamana) , puis en sixième position l’hommage au soleil (sûryopasthâna) : debout sur un pied, l’autre étant contre la hanche, les paumes de la main ouvertes tendues vers le soleil. L’ensemble se termine par la salutation au soleil, avant qu’il ne parte pour sa course diurne, ou sa course nocturne.


Les textes anciens


1)      La plus ancienne attestation du prânâyama se trouve dans le livre XV de l ‘Atharva-Veda consacré à un obscur groupe d’ascètes qui pratiquaient un certain nombre de rites dont précisément la discipline du souffle.

2)      Dans les Brâhmana-s, le prânâyama est déjà associé au rituel: lorsqu’on chante la Gâyatrî, on ne doit pas respirer, est-il dit en Jaiminî Br. 3.3.1.

3)       Dans les Upanishads, le prânâyama est homologué à l’un des plus illustres sacrifices védiques: l’agnihotra, oblation au feu que chaque maître de maison devait pratiquer quotidiennement le matin avant le lever du soleil et le soir après le coucher. Le prânâyama est pour ainsi dire un agnihotra intériorisé, spiritualisé et perpétuel : « Tant qu’il parle, l’homme ne peut pas respirer, et alors il offre sa respiration à la parole; tant qu’il respire, il ne peut pas parler, et alors il offre la parole à la respiration. Ce sont là les deux oblations continues et immortelles; dans la veille et dans le sommeil, l’homme les offre sans interruption » ( Kaushîtaki-up. 2.5).


La première allusion à la technique du prânâyama se trouve dans un passage plus long consacré à la pratique du yoga, dans la Çvetâçvatara-up. :


« Tenant son corps ferme aux trois parties dressées, faisant entrer dans le cœur les sens et la pensée, un sage avec la barque du Brahman traverserait tous les fleuves effrayants. Ayant comprimé les souffles dans le corps en réglant les mouvements, il faut que vous respiriez par les narines avec un souffle réduit; comme un véhicule attelé avec de mauvais chevaux, le sage doit contrôler sa pensée sans distraction. Qu’on pratique le yoga dans un lieu uni et pur, privé de cailloux, de feu et de sable, agréable au sens interne par des sons, de l’eau, etc., qui ne déplaise pas à l’œil, protégé du vent par une dépression du sol. Le brouillard, la fumée, le soleil, le feu, le vent, les insectes phosphorescents, les éclairs, le cristal, la lune sont les aspects préliminaires qui produisent, dans le yoga, la manifestation du Brahman.

Quand la quintuple qualité du yoga a été produite en surgissant de la terre, de l’eau, du feu, du vent et de l’espace, il n’y a plus ni maladie, ni vieillesse, ni mort pour celui qui a obtenu un corps fait du feu du yoga. Légèreté, santé, absence de désirs, clarté de teint, excellence de voix, agréable odeur, diminution des excrétions, on dit que c’est là le premier effet, du yoga » (Shvetâshvatara-up. 2,8.13)


La Maitryupanishad (à peu près de la même époque que la BhagavadGîtâ c’est-à-dire entre le -2ème s. et + 3ème s.), en 6.21, mentionne l’artère sushumna qui sert de canal au prâna et qui soutient ( par le prânâyama et la méditation sur la syllabe om ) la méditation profonde par laquelle on réalise le détachement absolu.


C’est la Yoga-tattva-upanishad  (« Upanishad de l’essence du yoga ») qui décrit le plus minutieusement les techniques yoguiques. Le prânâyama y est décrit à partir de la stance 36.


(44) Le prânâyama produit la purification des nâdi.

(45) Ce qui se traduit par un certain nombre de signes extérieurs: légèreté de corps, augmentation de la puissance digestive.

(52) Le kevala-kumbhaka (rétention complète de la respiration) produit d’autres signes physiologiques (sudation).

(60-61) Le yogin devient fort et beau comme un dieu et les femmes le désirent, mais il doit néanmoins persévérer dans la chasteté.

(63) Le prânâyama est associé à la rétention du sperme.

(85ss) traitent de physiologie subtile, les cinq parties du corps (chevilles-genoux, genoux-rectum, rectum-cœur, cœur-milieu des sourcils, milieu des sourcils-sommet du crâne) sont homologuées aux cinq éléments cosmiques (terre, eau, feu, vent, éther) eux-mêmes liés aux dieux Brahmâ, Vishnou, Rudra, Îçvara, Çiva.


L’upanishad la plus riche en indications techniques sur le prânâyama est la Dhyânabinduup. C’est là que, pour la première fois dans les Upanishads, il est dit explicitement que le prânâyama doit se faire sur les trois principaux dieux de l’hindouisme (stance 21). Les stances (55-57) énumèrent les trois artères subtiles où circule le prâna: sushumna (au centre), idâ (à gauche, jaune, lunaire, féminine) et pingalâ (à droite, rouge, solaire, masculine). Dans les stances (44-55) sont cités pour la première fois les sept cakras:


mulâdhâra-cakra (= base, racine) : entre l’orifice anal et les organes génitaux, en rapport avec le souffle apâna

svâdhishtâna-cakra (=qui se tient par lui-même) : à la base des organes génitaux, en rapport avec le souffle prâna

manipûra-c. (=cité du joyau) : à la hauteur du nombril, siège du souffle samâna

anâhata-c. (= non battu) : dans la région du cœur, siège du prâna

viçuddha-c. (cakra de la pureté) : région de la gorge, siège du souffle udâna

âjnâ-c. (cakra du commandement) : siège des facultés cognitives

saharsrâra-padma-c. (cakra du lotus aux mille pétales) : au sommet de la tête, figuré sous la forme d’un lotus renversé à mille pétales (le chiffre mille correspondant à toutes les articulations possibles de l’alphabet sanskrit 50 x 20).


Les Yoga-sûtra de Patanjali ne consacrent que trois sûtra au prânâyama (2.49-51) :  » Le prânâyama est l’arrêt des mouvements inspiratoires et expiratoires et il s’obtient après que l’âsana a été réalisé  » (2.49). Il ne nous est rien dit du sens profond du prânâyama qu’il faut chercher dans les commentaires sur les Yoga-sûtra, notamment chez Bhoja: « Toutes les fonctions des organes étant précédées par celle de la respiration, un lien existant toujours entre la respiration et la conscience de leurs fonctions respectives, la respiration, lorsque toutes les fonctions des organes sont suspendues, réalise la concentration sur un seul objet » (ad Yoga-sûtra 1.34).


La fonction du prânâyama est donc, selon ce texte, d’ouvrir un espace propice à la méditation, a partir d’un contrôle des états de conscience. Mircea Eliade y voit aussi un instrument d’unification de la conscience. L’unification dont il s’agit ici doit être entendue en ce sens qu’en rythmant sa respiration et en la ralentissant progressivement, le yogin peut pénétrer c’est-à-dire éprouver expérimentalement certains états de conscience qui à l’état de veille sont inaccessible et notamment les états qui caractérisent le sommeil. Les ascètes indiens connaissent 4 états de conscience à part le samâdhi: la conscience diurne, celle du sommeil avec rêves, celle du sommeil sans rêves,  la conscience cataleptique, avec respiration à peine perceptible.


Le prânâyama dans le hatha-yoga


Le hatha-yoga a été codifié au 12ème s. notamment par Gorakshanâtha. Le Hatha-yoga-pradîpika de Cintamâni (15ème s.) est un développement ultérieur et fidèle de cette tradition. Nous avions déjà vu qu’avec la Yogatattva-upanishad, le corps était infiniment valorisé. C’est par lui que la délivrance est possible. Le hatha-yoga soulignera avec plus d’insistance encore que le corps doit être conservé le plus longtemps possible et dans un parfait état, parce qu’il est le lieu de la délivrance. Cette délivrance cependant ne peut être atteinte que par une véritable transmutation de celui-ci. Cette transmutation est réalisée au moyen :


1) d’une purification du corps: selon le Hatha-yoga-pradîpika (2.4-9, 11, 20), le prânâyama sert à purifier les nâdi (évalués à 72 000 en HYP 4.8)

2) d’une « cosmisation » du corps : le prâna, comme on sait, circule dans la pingalâ (solaire), et dans l’idâ (lunaire); les deux principaux souffles sont donc assimilés au soleil et à la lune. Il s’agira donc d’unifier en soi le soleil et la lune en faisant remonter les deux souffles dans le canal médian: la sushumna, c’est-à-dire de réintégrer en soi l’unité primordiale.


C’est dans ces textes qu’on parle de la kundalinî. Le réveil de la kundalinî et sa traversée de cakra en cakra est déclenchée là aussi par une technique dont l’élément central consiste à arrêter la respiration. Une des méthodes (radicales) les plus utilisées est la khecarîmudrâ: obstruction du cavum par l’extrémité de la langue renversée en arrière vers la gorge (HYP 3.47-49). Pour réussir, le frein de la langue doit être préalablement coupé. Pour accélérer l’ascension de la kundalinî, on y a également joint quelquefois des pratiques sexuelles : non seulement rétention du souffle, mais aussi du sperme. C’est la que pointe le sens profond du prânâyama et des pratiques qui lui sont associées. La vie ordinaire est dissociation, dispersion des énergies. La nouvelle vie, celle du yogin et de la yoginî, consistera donc à marcher contre le courant (ujânasâdhana), à unifier ce que la vie actuelle dissocie. C’est ce qui est réalisé par l’union des souffles en nous: les énergies vitales qui circulent dans la pingalâ et l’îdâ doivent s’unifier dans la sushumnâ, le masculin et le féminin, le soleil et la lune, l’ensemble des contraires doivent être unifiés. Il s’agit d’un véritable retour à l’unité primitive (celle de la prakriti d’avant sa scission) par le biais d’une cosmisation du corps.


Le Kâlacakratantra (ouvrage tantrique), tout particulièrement, montre bien le but cosmique du prânâyama. Il s’agit de faire en sorte que notre respiration s’accorde, soit syntonisée, synchronisée avec celle de l’Univers. Notre cycle respiratoire doit petit à petit correspondre à celui du cosmos: au rythme du jour et de la nuit, puis à celui des quinzaines claires et sombres du mois, à celui des mois, des années, pour en arriver aux grands cycles cosmiques. Il nous faut respirer comme respire l’Univers.


Copyright Ralph Stehly. Reproduction autorisée uniquement en citant l’auteur et le site et dans un but non commercial.


Sources:

S. DASGUPTA, A History of Indian Philosophy,  4 vol., Cambridge,1952.

P. DEUSSEN, Die Philosophie der Upanishâds

The Philosophy of  the Ueanishads, New-York, 1966

M. ELIADE,  Le Yoga, immortalité et liberté, Petite Bibliothèque Payot 120

Les Upanishads, texte et traduction sous la direction de L. RENOU, Paris, Adrien-Maisonneuve, à partir de 1943

Chandogya-Upanishad, trad. E. SENART Paris, Les Belles Lettres, 1 930

Les Upanishads du yoga, trad. J. VARENNE,  coll. Idées 308

Hatha-yoga-pradîpika,  trad, Tara MICHAEL, Paris, Fayard, 1974





 



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